ET SI… la colère des femmes n'était pas un problème à résoudre ?
De nos jours, une femme en colère est encore facilement perçue comme excessive, agressive, susceptible, hystérique, difficile à vivre. Alors très tôt, beaucoup d'entre nous apprennent à rendre cette fameuse colère plus "acceptable", à ravaler ce qui dérange, mettre les formes, sourire malgré l'agacement, dire "ce n'est pas grave" quand, justement, ça l'est, mais aussi transformer la colère en tristesse, en culpabilité ou en silence afin de ne surtout pas devenir "celle qui en fait trop". Et si finalement, pour une fois, on essayait de laisser à cette émotion qui a (forcément) quelque chose à nous dire la place dont elle a besoin pour s'exprimer ?
La colère est une information, pas un problème
Et oui, au départ la colère n'est pas nécessairement un problème, elle est surtout une information précieuse. Elle est effectivement là pour te signaler de façon implacable qu'une limite a été franchie, que quelque chose est injuste à tes yeux, que tu donnes beaucoup plus que tu ne reçois, acceptes depuis trop longtemps une situation qui ne te convient plus. Une émotion qui dérange n'est donc pas forcément une émotion à faire taire, mais simplement celle que l'on n'a pas encore pris le temps d'écouter.
Ce qui est par ailleurs intéressant, c'est que l'on incite souvent les femmes à gérer leur colère individuellement, alors que certaines de leurs exaspérations reflètent aussi un aspect beaucoup plus "collectif" tels que la notion de charge mentale, les violences sexistes et sexuelles, les inégalités professionnelles mais aussi personnels, les injonctions contradictoires autour du corps, de la maternité, de l'âge, de la sexualité ou la réussite (et bien d'autres encore). En effet, quelle femme n'a jamais été - directement ou non - confrontée à des formes de pression comme : Sois indépendante, mais pas intimidante : ambitieuse, mais disponible ; belle, mais sans en faire des caisses ; mère, mais ne laisse pas la maternité ralentir ta carrière ; etc etc. Tenir toutes ces injonctions à la fois représente déjà un travail à temps plein quand on y pense (et bien souvent sans la moindre reconnaissance, ou du moins pas à la hauteur des efforts fournis) alors pas étonnant que la colère finisse par pointer le bout de son nez !

La mauvaise question
Et pourtant, lorsque la colère finit par tenter de s'exprimer on s'entend souvent dire : "Pourquoi tu t'énerves ?" (ou plus familièrement "Qu'est-ce que tu as encore ?"), alors que la vraie question serait à mon sens : "Qu'est-ce qui t'a mise en colère ?". Il y a une différence immense entre apprendre à réguler une émotion et ne plus l'écouter. La première option est une compétence, la seconde un renoncement.
L'objectif n'est pas forcément de devenir une femme qui ne se met plus en colère (ce , qui serait mission impossible), mais plutôt de se demander : "Qu'est-ce que ma colère essaie de protéger en moi ? Et surtout, pourquoi ?". Limite, valeur, dignité, besoin, une partie de toi qui en a assez de se taire ? Parce qu'à mon avis, derrière un "j'en ai marre", il y a surtout un "je ne veux plus vivre comme ça", et c'est très probablement là que se trouve la vraie réponse à cette émotion si intense.
Et si, au lieu d'apprendre systématiquement aux femmes à calmer leur colère, on leur apprenait aussi à comprendre ce qu'elle vient leur dire ?
Je le précise tout de même, mais il est évidemment qu'être en colère ne donne pas tous les droits. Elle ne justifie ni la violence, ni l'humiliation, ni le fait de blesser les autres, mais il est important de garder à l'esprit qu'une émotion n'a pas besoin d'être nécessairement agréable pour être légitime.



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